Sad Frog

Sad frog

Aujourd’hui je laisse la parole à Y., chouette expérience que j’aimerais renouveler, si vous voulez proposer un témoignage n’hésitez pas !

Tu sais que t’es devenu une machine quand tu écris un texte sur un terminal, sur fond rose, avec vim. Une transparence qui laisse entrevoir ton fond d’écran: une grenouille triste. Mais ça, vous le savez pas.

Il y a quelque chose qui t’interpelle chez tous ces humains. Ils ont la capacité à s’émerveiller. Tu sais que toi aussi avant de devenir une machine tu pouvais t’émerveiller.
Quand tu avais deux ans t’étais déjà attiré par toutes ces demoiselles au parc. Pas celles de deux ans, mais celles de 27.
Tu agissais comme un oiseau avec elles, tu tourbillonnais autour d’elles en criant « piou piou » et elles rigolaient. Ce rire était tellement beau, avec leur dents blanches et leur voix aiguë.
Tu étais émerveillé par le charme et l’aura somptueuse qu’elles dégageaient.

Toujours à deux ans t’étais en Finlande du côté de Tampere.
Tu étais encore une fois émerveillé par les odeurs de la forêt mouillée, la beauté des lacs et la couleur de cette libellule qui se noie.
Attends ? Elle se noie ? Tu peux pas laisser une créature aussi délicieuse crever. C’est comme voir toutes les filles du parc en train de se noyer.
Donc du haut de tes 2 ans et je sais pas combien de centimètres tu te fous a poil. Tu sautes dans le lac gelé et tu sauves cette libellule.
Heureusement que tu avais pied, mais la voir s’envoler de nouveau c’était tellement… Merveilleux.

Et puis t’as commencé à vivre ta vie, école maternelle et primaire en Z.E.P. T’as commencé à aimer tout contrôler.
Je me souviens que t’avais plusieurs bandes qui se foutaient sur la gueule à chaque récréation. Aucune stabilité, trahisons, putain c’était un rendez-vous entre le Moyen-Orient et Games Of Thrones.
Mais t’es intelligent putain, le psy que tu as vu a dit « il a sans doute plus de 140 de QI, je me fais aucun souci la dessus. Mais il y a d’autres urgences à traiter avant ».
Ouais en trois séances t’as réussi à t’emmerder à déstabiliser ton psy. T’as pas genre 9 ans ?
T’es vraiment bizarre putain, tu parles comme un adulte, et tu sais déjà comment faire des bébés.
T’es aussi devenu le « chef » de la cour de récré, t’as réussi à unifier toutes les bandes et à prendre le contrôle de la plus puissante.

Un jour je me souviens, ton amoureuse secrète était en train de se faire voler son goûter, comme un putain de parrain de la mafia t’es arrivé avec tes 15 potes derrière toi.
T’avais un honneur à défendre alors les deux petits cons qui volaient le goûter de J. tu les as défoncé tout seul comme un grand.
T’étais comme un héros dans le soleil, t’as tendu la main à J. en espérant un bisou de la victoire comme dans les films Américains. Mais dix secondes après t’as découvert que ça marchait pas comme ça quand
elle t’as regardé avec un air haineux en te disant « JE T’AI PAS DEMANDÉ DE M’AIDER CONNARD ».
Tu sens une sensation désagréable dans la gorge. De la contrariété.

Puis tu t’es rendu compte à ce moment-là que les gens étaient tous pareils. Tu pouvais les classer et les ranger dans des cases comme tes cartes Yu-Gi-Oh!.
T’as plusieurs types de cartes, avec plusieurs attributs, un ou plusieurs effets. Tes cartes ont aussi une valeur, les points d’attaque, de défense.
Putain J. c’était ton dragon arc-en-ciel. Tellement belle et puissante, mais tellement vulnérable en défense.

Plus tu grandis, plus tu te rends compte que les émotions c’est fucked up. T’as beau être un putain de génie t’as toujours mal à cause d’une fille.
T’as toujours tout ce que tu veux. Mais tes sentiments c’est pas ouf.

Et en même temps, pendant tout ce joyeux bordel tu amasses des données. Tu les traites et tu agis en conséquence.
Parfois ça foire, un peut comme un entrainement.
Genre tu vis dans la classe moyenne supérieure, t’as la chance d’aller au Sénat. T’es un petit noble au milieu du peuple.
Et tu joues sur ces deux casquettes, ça fait de toi une personne originale, atypique. Les gens te kiffent mais toujours pas les meufs. Tant pis j’ai envie de dire, tu vas te concentrer sur les jeux vidéos et tout ira bien.

Plus tu évolues plus tu accumules des données. T’es toujours un petit con sensible, t’es chiant mais tellement attachant. Tout le monde te kiffe putain.
En plus t’as une mémoire de fou. T’étais en quatrième quand la prof d’histoire à essayé de te « punir » pour avoir dormi en cours.
Elle a demandé à I., la petite Chinoise toujours attentive de te poser des question. Si tu y répondais pas t’aurais une moins bonne note.
« Alors euh Y., quelles étaient les tribus impliquées dans le massacre au Rwanda ? »
Toi t’es là avec ta gueule enfarinée. T’as juste envie de continuer à dormir sur ton bureau a cause de ta nuit passée sur Battlefield.
« Les Utus et les Tutsis »
GRAND PUTAIN DE SILENCE C’ÉTAIT MAGNIFIQUE DE VOIR LA GUEULE DE LA PROF SE DÉCOMPOSER GRACE A TA PUTAIN DE CULTURE GÉNÉRALE BORDEL.
« Et dis moi I., quelle est la capitale du Zimbabwe ? »
« Euh… euh… Madame ? Je sais pas »
« C’était une question légitime sur la géo. La réponse s’est Harare. Maintenant je peux dormir en paix bordel ».


T’es totalement cinglé \o/.

Bon je vais vous épargner les années lycée et BTS qui étaient composées de conneries, alcool, potes, petites déprimes et bonnes notes en plus d’un intérêt accru pour les systèmes et réseaux informatiques.
Le seul truc qu’il faut savoir c’est que j’ai continué a avoir une obsession sur les capitales et le contrôle.
Je voulais le contrôle absolu sur ma vie. J’allais faire un BTS SIO puis rentrer dans une école d’ingénieurs et enfin gagner de la thune pour appâter une femme qui me tromperait au bout de quelques année avec un autre mec. Mais dont les enfants seraient quand même les miens (je dois transmettre mon nom de génération en génération. Je suis un noble après tout).

Bref fast forward à l’année 2017, on va dire… La nuit du 9 au 10 Juillet 2017 ? Ouais cette fameuse nuit ou O. t’as attaché, mis ta musique préférée, et ou t’as perdu ton pucelage.
A ce qui paraît t’es vachement un bon coup alors que y’a 3h30 t’étais encore puceau.
Tu sais, t’es super logique, tu réussis clairement ta vie, tu apprends des erreurs des autres, mais putain t’as encore des émotions.
Des émotions qui te font de plus en plus mal quand tu poses ta tête sur la poitrine de O. et que tu ressens sa souffrance infinie.
Des émotions qui te font de plus en plus mal quand O. veut rompre parce qu’elle ne t’aime pas.
Des émotions qui te font de plus en plus mal quand O. a embrassé un autre mec.
Des émotions qui te font de plus en plus mal quand O. a fait une tentative de suicide, puis une seconde, puis une troisième.
TU NE PEUX PLUS CONTINUER COMME ÇA, TU VAS TE DETRUIRE ET DETRUIRE TOUS CEUX QUE TU AIMES ABRUTI.
Puis d’un coup plus rien.
De l’indifférence.
Tu n’es plus que logique. Plus rien ne te surprends, tu ne ressens plus aucune empathie, ni aucune émotion.
Fichtre, ça fait du bien.

Et puis un jour tu rencontres une personne, tu te dis « ça pourrait bien coller avec elle ». Tes amis t’encouragent à ne plus voir de MILFS et à te consacrer à une relation exclusive avec cette personne.
« Pourquoi pas, je l’aime bien. Elle ressemble a une hermine ça me fait craquer ».
Tu sens que ça colle bien, t’es absorbé par son regard et par ses grands yeux noirs.
Tu ressens de nouveau des choses, de l’affection. Et ça doux putain de Jésus, c’est génial.

Il y a des moments je pense qui sont marquants dans l’esprit d’un humain. Que ce soient des petits événements personnels, la chute des tours du World Trade Center, le 13 Novembre, le fait de tirer la cravate de père avant de partir à l’école, un baptême de l’air, les attentats du GIA, de Londres, de Madrid, de Bruxelles, le premier homme sur la lune.
Et t’as des trucs positifs, neutres ou négatifs.
Genre les attentats du 11 Septembre c’était plutôt négatif pour le monde occidental. Les attentats du GIA bah j’étais pas né alors je m’en care.

Tout ça pour dire que tu as vécu une magnifique semaine noire comme tu l’appelle si souvent.
Le vendredi soir tu as la magnifique idée de recoucher avec ton ex, comme si c’était pas assez la merde comme ça.
Le samedi soir toi et tes potes vous vous faites agresser.
Le dimanche soir toi et ta copine vous vous faites agresser.
Le lundi tu dois résoudre un problème au taff’ et ça t’angoisse de pas y arriver.
Le mardi un bon ami à toi fait une tentative de suicide.
Le mercredi tu dois remonter le moral de son amie qui est totalement en PLS, tu sais plus vraiment ce que tu fous.
Le jeudi la fille avec qui tu t’entends si bien te dis « je vois pas comment il pourrait y avoir quelque chose entre nous »
Le vendredi. Tu te fous une grosse race avec tes potes pour oublier qui tu es, d’ou tu viens et pourquoi t’existes.
Le samedi matin tu te réveilles vide et dépourvu de toute émotion… Encore.

Puis tu commences a scroll sur Tinder, tu sais pas trop ce que tu cherches et même si t’es pas un top model t’as rien à perdre.
Tu commencer à parler avec une fille, le stéréotype de la copine parfaite que tu cherchais quand t’avais 15 ans.
Tu la vois, tu manges une pizza avec elle, tu as des rapports sexuels protégés avec elle et elle te plaît toujours.
Elle te paie un Ice Tea, tu la raccompagnes au train, c’était un très bon après midi.
« Elle mérite vraiment d’atteindre ton coeur tu sais, c’est une bonne personne »
« Je me sens pas vivant auprès d’elle, j’aime les gens fucked up dans leur tête »
« C’est une belle opportunité mec, il faut pas tout gâcher »
« Je suis bien avec elle mais je veux tout gâcher »
« Petit con va, tu t’étonnes de rater ta vie sentimentale après »
« J’ai pas de sentiments, je suis un connard maintenant, dégage »

Et puis d’un coup t’es là, tu ressembles de plus en plus a une architecture d’un système de Google.
T’engorges un maximum de données, tu les stockes de manière désorganisée, tu traites ça de manière logique, et au final tu apprends, tu prévois et tu anticipes.
Tu commences à parler avec une meuf qui fais des études en médecine, tu revois une pote de collège, tu continues à parler à la fille de Tinder.
Toutes les trois te plaisent mais putain tu peux pas choisir, tu sais quelle est l’option logique, tu sais que la go de Tinder est la bonne.
« J’ai un bug dans mon code, je m’ennuie, je veux être vivant »
« Inspecte bien ton code, ta personne. Tout ira bien »
« T’as raison, je vais aller avec la meuf de Tinder »


Et à ce putain de moment t’as la meuf qui fait des études de médecine qui te parle. Tu fais un buffer overflow, tu commences à dérailler complet, à paniquer.
Tu sais pas trop ce qu’il se passe, tu bugges.
T’essaies de relire ton code, tu trouves un point virgule qui manque. Toujours pas ça.
Putain une boucle infinie. JE VAIS RESTER BLOQUÉ ?
Non mec, fous une condition d’arrêt.
Fuck.

tab = [P, L, C] # Les initiales des filles si vous aviez pas compris
while true: # Boucle sans condition d’arrêt
 if P != C != L # != ça veut dire différent
   exit(0)
 else:
   be_happy()

T’es là tu débugges ton code (bon celui au dessus est très simple, dans ma tête c’était fucked up), tu vas bouffer des glaçons, tu bois quelques shots et deux long island.
Tu crois que t’as foiré avec la go de Tinder, tu lui donnes pas d’affection alors qu’elle te kiffe putain.
Tu sais pas trop quoi faire alors tu laisses couler, tu verras bien si le programme fonctionne à un moment donné.

Puis t’es là, tu penses à tout ce bordel, tu t’ennuies de plus en plus.
Tu lis un magazine sur l’intelligence artificielle.
T’es devenu comme eux.
T’es devenu une machine.
Tu sais que tu apprécies voir les gens pleurer ou être heureux parce que tu n’arrives plus à éprouver ces émotions.
Tu veux créer des programmes de Deep Learning pour l’analyse comportementale pour savoir si les gens sont contents ou pas quand ils te parlent.

T’es un génie, mais la personne la plus stupide que je connaisse. Je t’aime et je te hais à la fois. Tes choix sont les meilleurs mais d’une stupidité affligeante.

Auteur de l’article : Stéphanie

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