Je décroche du sucre

Comment la dépendance s’est installée

Depuis des années, je souffre de dépendance à la nourriture. Elle est mon soutien quand de grosses tuiles me tombent dessus, elle m’aide à supporter des repas interminables desquels j’aimerais m’enfuir, elle me permet de ne pas dire de façon abrupte ce que je pense, elle me permet de me faire passer après les autres, toujours. De m’effacer en me faisant gonfler comme un ballon, ce qui j’en conviens est extrêmement paradoxal.

 

Enfant

Je ne sais pas exactement quand ça a commencé. J’ai des souvenirs de repas avec ma grand-mère, une de ses copines et ma soeur le mercredi après-midi. Je devais avoir 9-10 ans. C’était des moments interminables, je m’ennuyais beaucoup. On disait que j’avais un bon coup de fourchette, alors on me commandait un plat « adulte ». Je mangeais effectivement de bon appétit, mais je ne finissais pas mon assiette. Le temps passait, l’ennui venant je revenais vers cette assiette et en terminais le contenu. Je ne sais même pas pourquoi. Je n’avais plus faim, c’était froid, je n’en avais même pas envie. Mais c’était très compliqué pour moi de dire à ma grand-mère que j’avais envie d’être ailleurs.

 

Adolescente

Pendant des années, la nourriture m’a aidé à tenir. A surmonter l’adolescence et le mal être que je ressentais. A gérer le stress des études mais surtout la sensation d’être obligée de faire des choses que je ne voulais pas faire. Je me suis poussée à accepter beaucoup trop, ce que je gérais à coup de chocolat au lait et de paquets de chips. C’était très occasionnel au début. Ensuite c’est devenu beaucoup plus régulier ou tout du moins une sorte de réflexe quand les choses devenaient ingérables. J’ai passé de nombreuses années à alterner des épisodes de ce type et des périodes de régime parfois assez draconiens. Mon poids et mon estime de soi ont fait le yoyo, ma personnalité s’est de plus en plus planquée sous les désirs des autres.

 

A l’âge adulte

J’ai essayé plein de techniques différentes pour perdre du poids, pour essayer de me contrôler. Ca a toujours été un échec. J’ai testé du coaching nutritionnel combiné à du sport à haute dose et à un suivi psychologique avec une spécialiste en addictologie, même constat d’échec.

L’an passé, lassée de tout ça j’ai baissé les bras et je me suis dit qu’être grosse c’était sans doute mon état naturel et que je me battais contre des moulins à vents depuis trop longtemps. J’ai décidé de manger ce que je voulais quand je voulais et d’arrêter d’être sous contrôle permanent. Le côté positif a été que la bouffe n’était plus une obsession mais par contre j’ai grossi encore et encore. Mon hypertension n’a pas aimé, heureusement pas de cholestérol ou de glycémie trop élevée mais je me suis dit qu’il était temps de réagir. 

 

Pourquoi diminuer le sucre ?

Au cours de ma vie comme je le disais j’ai tenté différents régimes. Un de ceux qui m’a le plus marquée réduisait les apports en lipides au profit des glucides. C’est ce qui était recommandé à l’époque, car on pensait le gras plus dangereux que le sucre. Alors qu’on sait aujourd’hui que le sucre l’est tout autant comme il se transforme en graisse lorsqu’il ne peut plus être assimilé !

La première fois où j’ai commencé ce régime j’ai beaucoup maigri, mais j’avais tout le temps faim, c’était une horreur. J’aurais engouffré des collations toutes les deux heures. J’étais très rigoureuse, j’économisais des calories d’un jour sur l’autre dans le but de passer un week-end un peu festif par exemple. Résultat, je me privais beaucoup la semaine et le week-end je me lâchais.

Mon petit déj était constitué de céréales sucrées, d’un yaourt aux fruits light. A tous les repas j’avais mon dessert light sucré, je mangeais en général une énorme plâtrée de pâtes avec beaucoup de légumes midi et soir. Entre deux j’avais toujours faim. Tellement faim. Je prenais un goûter du coup. Une barre de céréales light, un yaourt aux fruits encore.

Je ne mangeais que du sucre quand on regarde bien. A L’époque, on ne parlait pas du fait que les édulcorants produisent les mêmes phénomènes dans le corps que la consommation de vrai sucre, et que comme ce dernier n’y trouvait pas son compte il lançait des signaux pour que la faim se déclenche et que l’on consomme encore. J’ai fait vivre des montagnes russes à ma glycémie qui n’a pas du trop aimer ça, passer d’une hypoglycémie à des shoots de sucre en permanence.

 

La culpabilité, d’abord

Je pense que ça a contribué à véritablement me dérégler. Je me sentais coupable de manger, que ça soit prévu dans mon programme ou non. J’avais faim tout le temps, je me dénigrais pensant manquer de volonté. J’aurais du pouvoir contrôler mon corps, non ? Maintenant je sais que j’avais tout faux mais à l’époque je me percevais juste comme défaillante. Que dire du moment où soumise à un stress important j’ai tout envoyé balader ? Je n’étais qu’une bonne à rien sans volonté. Quand on veut on peut, non ?

 

La prise de conscience, ensuite

Ma dépendance au sucre, j’en ai pris conscience il y a quelques années en discutant avec une amie très sportive. Elle vivait la même chose, avait toujours faim. Elle aussi au final mangeait assez sucré. On en a déduis que nous faisions probablement des petites chutes de glycémie qui provoquaient ces besoins de manger très impérieux. J’ai commencé à me documenter petit à petit et ai tenté une première fois de réduire fortement le sucre en 2016.

 

Un premier essai 

Les deux/trois premiers jours ont été un peu difficiles, mais gérables. Ensuite, surprise, j’ai constaté que je n’avais plus envie de chocolat, que j’avais moins faim et surtout, j’ai constaté que ce que je prenais pour la faim n’en était pas. Ce gros creux et cette envie de manger « maintenant, tout de suite », c’était juste l’expression d’un manque de sucre pour un organisme habitué à en consommer en permanence. J’ai découvert que quand j’ai faim c’est beaucoup plus léger, que ça se manifeste par intermittence et que ça n’est pas impérieux. Il m’est arrivé plusieurs fois de dépasser cet état et d’avoir des maux de tête et de me sentir faible, ce qui est un stade plus avancé de la faim.

J’ai appris beaucoup avec cet expérience, j’ai vécu plusieurs mois très apaisée, sans envie de grignoter permanente. Ensuite malheureusement j’ai du surmonter deux épreuves très difficiles et j’ai repris ce que je connaissais pour gérer ça : la nourriture.

Maintenant mon, souhait est de parvenir à gérer mes émotions autrement que par la nourriture. J’y travaille au quotidien. J’essaie de plus me prendre en compte, de me porter autant d’attention que j’en porte aux autres, d’écouter mes besoins, de ne pas me dire « tu vas gérer, ça va aller » alors qu’il suffirait de dire non je n’ai pas ou plus envie.

 

C’est parti !

Il m’a fallu quelques semaines pour en avoir la force mais j’ai décidé un dimanche soir que je voulais être en bonne santé et vivre correctement la seconde moitié de ma vie. Ca faisait quelque temps que j’actualisais mes connaissance sur la dépendance au sucre, j’ai intensifié mes recherches et je me suis lancée. A nouveau. Cette fois-ci en essayant de combiner la diminution du sucre à ce que j’ai appris ces dernières années sur moi-même afin de pouvoir agir sur les causes de cette dépendance. J’entrevois de plus en plus que je dois être ma priorité, que je passe avant les autres, que j’ai le droit de vouloir autre chose que la majorité, que si j’en ai marre d’une situation rien ne m’oblige à rester. Que si un débat est stérile je ne suis pas obligée de le subir,… J’essaie d’écouter mes besoins et de les prendre réellement en compte. Par exemple j’ai besoin de solitude de temps en temps, et bien je m’organise pour me laisser des plages sans sollicitations.

 

Où j’en suis aujourd’hui

J’en suis à mon quatrième jour de diminution du sucre. Je dis diminution car je fais la chasse aux sucres ajoutés et que je restreins mes apports en glucides, mais je ne supprime pas totalement le sucre.

Pour l’instant je me trouve encore dans la période difficile, où mon organisme, tout surpris de ne pas trouver sa drogue habituelle, m’envoie des tas de signaux désagréables. J’ai un mal de tête permanent, une vision un peu brouillée, une faim de loup (mais qui n’en est pas et est juste un appel au sucre comme elle est réapparue dès mon repas terminé avec la même intensité). Je suis aussi nerveuse, j’ai du mal à me relaxer et à m’endormir alors que tout va bien. Je prends conscience plusieurs fois par jour que ça serait tellement simple là de prendre quelque chose de sucré, et que ça m' »aiderait ».

Point de vue positif, je me rends compte que je commence naturellement à manger plus lentement, à savourer. La pêche que j’ai dégustée hier m’a paru réellement délicieuse et très sucrée. Je ne ressens plus le besoin psychologique de manger sucré, c’est juste la sensation physique de « faim » permanente que j’aimerais voir cesser. Je sais que ça n’est qu’une question de temps, les choses vont s’améliorer de jour en jour.

Là, la perspective de manger un bout de chocolat au lait ou de boire un soda m’écoeure presque. Je pense être sur le bon chemin !

Pour le positif encore à venir, il y aura probablement : perte de poids et diminution du volume de mon bidon, un appétit moins féroce, un moral plus joyeux (des études ont montré l’influence du sucre sur la dépression), une diminution de l’eczéma, une plus belle peau, une relation apaisée avec la nourriture.

Mon objectif en attendant, m’alimenter correctement (fruits et légumes en quantité, sans oublier un peu de féculents et des protéines), faire la chasse aux sucres ajoutés, bouger un peu plus, et continuer de travailler sur mes besoins et mes sentiments.

Je vous fais un petit point d’ici un mois environ, ça devrait être assez intéressant. 

 

Pour aller plus loin

Voici des liens vers quelques articles et vidéos intéressants sur le sujet. Je vous conseille le blog de Lucile Woodward, qui est souvent d’excellent conseil et qui ne pratique pas la langue de bois !

Ce que le sucre fait à votre cerveau 

Les effets d’un arrêt du sucre

Réduire sa consommation de sucre : mon expérience

J’ai arrêté le sucre 6 semaines

Comment j’ai arrêté mon addiction au sucre

Envies de sucre, compulsions : comprendre l’origine

 

 

 

 

 

Auteur de l’article : Stéphanie

2 commentaires sur “Je décroche du sucre

    Stef

    (11 juillet 2019 - 4:35 )

    Si tu savais comme je retrouve dans ce que tu as écrit . Bisous ma cop’s.

    Aspérule

    (14 septembre 2019 - 9:11 )

    👍❤

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